Le
Soir, mardi 25 juillet 2006, 02:00
Le Quatuor Alfama, pour
toutes les saisons
L'élan d'un jeune
quatuor belge pratiquant la musique de chambre comme une
nécessité. A Bruxelles, Stavelot, Braine-le-Château...
SERGE
MARTIN
Vous
pouvez entendre Elsa de Lacerda en radio, sur Musiq3 (RTBF) ou elle
présente « Divertimento » en fin d'apres-midi. Et
déja, en dépit d'un temps de parole limité, une passion se
révele, une curiosité s'impose. Celles qui animent le travail des
membres du Quatuor Alfama, un jeune ensemble de musique de chambre belge qui
commence a faire parler de lui.
Pour
Elsa, la pratique de la musique de chambre a toujours été
vécue comme une nécessité. A l'âge de 10-12 ans,
elle visite déja le répertoire des sonates en compagnie d'une
amie pianiste. Le côté démonstratif du concerto
n'intéresse guere la jeune violoniste. Ce n'est qu'a la fin de ses
études qu'elle aborde le quatuor : « Un défi incroyable,
car le genre impose une exigence de pureté absolue. Heureusement,
j'étais déja engagée dans le travail quand je me suis mise
a avoir peur. »
Un
premier essai avec le Quatuor Thais ne donne pas pleine satisfaction.
Qu'importe, un nouvel ensemble est immédiatement fondé : ce sera
le début de l'aventure Alfama. « L'engagement personnel est
considérable : a 25 ans, vous devez décider de consacrer la
moitié de votre temps a un travail de laboratoire. Il nous arrive de
passer trois heures sur dix mesures ! »
Mais
c'est le prix de l'excellence, et si le quatuor s'est vu confier les plus
immenses secrets des compositeurs, c'est au prix de cette exigence. « Le
mélomane ne réalise pas toujours combien un quatuor est un etre
unique, point de fusion de quatre corps et de quatre âmes. C'est notre
défi : arriver a une fusion ou chacun s'y retrouve. Notre
violoncelliste, Renaat Ackaert, joue parfois un rôle conducteur : il nous
renvoie un côté plus analytique de la musique. Sarah Charlier,
l'altiste, joue plutôt un rôle d'observation. Elle a le temps de
bien écouter les conversations musicales de tout le monde. Dans un
quatuor, le rôle de l'alto est discret, et pourtant, il constitue le
ciment de l'ensemble. »
Comment
alors arriver a une entente finale entre quatre personnalités
tranchées ? « D'abord, par le respect mutuel. Si quelqu'un a envie
de faire quelque chose, on teste, on discute, puis on décide. Mais en
meme temps, il faut exclure toute complaisance. Il faut pouvoir dire a l'autre
: Ton coup d'archet est nul. Nous avons la chance d'avoir un couple dans le
quatuor : ils ont entre eux un parler vrai qui a déteint sur les autres.
»
L'aventure
n'en est pas moins au rendez-vous
On
pourra entendre prochainement Alfama dans le quatuor De ma vie, de Smetana, une
oeuvre romantique mais toute empreinte de verve populaire : «
L'élément rythmique y est primordial tant le compositeur
s'inspire de mélodies et de danses populaires. Ales Ulrich, notre second
violon, qui est Tcheque, nous a obligés a nous lever et a danser la
polka. C'est le seul moyen de percevoir la pulsation absolument inimitable de
cette musique. »
Mais
Smetana est un peu aussi un défouloir a l'égard du travail tres
serré sur le genre classique : Haydn, Mozart (le K 421 écrit a la
naissance de son premier enfant) et le premier Beethoven de l'opus 18.
Aujourd'hui, l'Alfama travaille une fois par mois avec le Danel. Des gens d'une
incroyable générosité. L'Alfama reve d'un voyage en
Tchéquie pour aller travailler avec Milan Skampa, légendaire
altiste du Quatuor Smetana.
Si
le répertoire classique demeure le fer de lance du répertoire de
l'Alfama, l'aventure n'en est pas moins au rendez-vous. Avec le guitariste
Denis Sung-Hô dans le quintette avec guitare de Leo Brouwer, ou en
enregistrant un premier disque consacré a la musique de
Frédéric De Vreese. Et ce n'est pas tout : Alfama a déja
envie de s'intéresser a la musique de Kris Defoort ou a celle d'Alberto
Iglesias, le compositeur des musiques de film d'Almodovar !